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Région des Grands Lacs: L’Algérie veut mettre fin aux conflits

Les 2 et 3 janvier derniers, le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf, avait publié deux importants communiqués relatifs au conflit actuel qui se déroule dans la région des Grands lacs, plus précisément au Nord-Kivu, dans la République démocratique du Congo (RDC).

 Le communiqué intervient à un moment crucial de ce conflit qui met en avant des intérêts économiques stratégiques de grandes puissances occidentales sur les richesses minières de cette région de l’Afrique, le bassin du Congo et la région des Grands lacs, qui a vécu en 1994 un génocide avec la guerre civile au Rwanda, dont la majorité hutu s’était alors réfugiée au Congo voisin, en particulier au nord Kivu.

Le 26 janvier dernier, les rebelles tutsis du M23 (composé d’officiers du Congrès national pour la défense du peuple, intégrés dans l’armée congolaise à la suite d’un accord de paix signé le 23 mars 2009 entre le CNDP et Kinshasa, qui se sont mutinés en avril 2012, considérant que le gouvernement congolais ne respectait pas les modalités de l’accord) soutenus par l’armée rwandaise, se sont emparés de la ville congolaise de Goma et de ses deux millions d’habitants, Goma étant la capitale de la province orientale du Nord-Kivu en RDC.

Cet épisode de ces guerres oubliées en Afrique illustre un nouveau rebondissement dans la succession de guerres qui a immédiatement suivi le génocide du Rwanda en 1994. Celui-ci a laissé huit cent mille morts.

Au milieu de ces conflits, de ces morts et de ces guerres, il y a les mines du Nord-Kivu, des gisements d’or, de pierres précieuses, de coltan, de lithium et autres minerais précieux, dont les terres rares si indispensables à l’univers de la high-tech, où triment et meurent des milliers d’hommes, venus chercher la fortune, sous la coupe de seigneurs de la guerre au Nord-Kivu et dans la province voisine du Sud-Kivu.

Pourtant, les guerres du Congo se déroulent dans l’indifférence la plus totale des pays occidentaux, et ces guerres dont sont partie prenante tous les pays de la région (Rwanda, Ouganda, Zambie, Angola…) ne sont pas dues à des motifs de puissance ou à des querelles ethniques, simplement à l’agenda de seigneurs de la guerre locaux soutenus par les grandes multinationales occidentales pour mettre la main sur les ressources du Congo.

En juillet 1994, Paul Kagame, à la tête des FPR soutenus par l’Ouganda et chef de la minorité tutsi, a pu mettre fin au génocide déclenché par la majorité hutu le 6 avril précédent.

Mais sa victoire a entraîné la fuite d’un million de Hutus au Congo, dans la région du Kivu. Les réfugiés hutus s’installent dans des camps improvisés autour de Goma (capitale du Nord-Kivu) et Bukavu (capitale du Sud-Kivu). Très vite, ces camps vont devenir des bases arrière pour des milices hutues « Interahamwe » responsables du génocide et désireuses de prendre leur revanche sur les Tutsis.

Elles commencent par s’en prendre aux populations Banyamulenge de la région ; il s’agit de Tutsis installés au Congo depuis le siècle précédent. À Kigali, on sent la menace et le danger, d’où le soutien aux rebelles congolais du M23, des Tutsis.

Cette interminable « guerre des Grands Lacs », conséquence directe du génocide du Rwanda, a déjà causé trois à quatre millions de morts, essentiellement des civils obligés de fuir dans les forêts, victimes de tueries, mais aussi de maladies et de malnutrition.

D’où cette réaction salutaire de la diplomatie algérienne pour ramener le calme, la paix et la sécurité dans cette région explosive du Congo. « L’Algérie suit avec une profonde préoccupation la reprise du conflit et son escalade en République démocratique du Congo.

Elle appelle instamment à la retenue et à la désescalade dans la perspective de l’instauration des conditions d’une reprise responsable du dialogue et de la négociation en vue du rétablissement de la paix dans la région », indique un premier communiqué du ministère des Affaires étrangères rendu public dimanche 2 février.

Et d’ajouter : « Dans cet esprit, l’Algérie fait sienne les conclusions des sommets extraordinaires de la Communauté d’Afrique de l’Est et de la Communauté de développement d’Afrique australe appelant à un dialogue sincère et de bonne foi entre toutes les parties impliquées dans ce conflit. »

Lundi, l’Algérie rend public un second communiqué, encore plus important, plus direct, appelant à la fin des conflits et à la mise en place d’un plan de paix sous l’égide des organismes relevant de l’Union africaine: Le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a instruit le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, M. Ahmed Attaf, de prendre attache avec l’ensemble des ministres des Affaires étrangères des pays impliqués dans ce conflit, ainsi qu’avec les ministres des Affaires étrangères des pays engagés dans des efforts de médiation.

Cette démarche a pour objectif de leur faire part de la disponibilité de l’Algérie à aider les efforts de médiation en cours et à mettre tout ce qui est en son pouvoir au service du rétablissement de la paix et de la stabilité en République démocratique du Congo et dans la région des Grands Lacs.

Cette démarche s’inscrit dans le cadre de l’exercice par l’Algérie de son mandat de membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Elle est également mue par le souci permanent de notre pays d’apporter activement sa contribution à tout effort visant à promouvoir la paix et la sécurité à travers le continent et à promouvoir les meilleures relations entre les pays africains.

À ce titre, et lors des appels téléphoniques qu’il a eus respectivement avec ses homologues de la République démocratique du Congo et du Rwanda, le ministre Ahmed Attaf a échangé sur les voies et moyens susceptibles de mettre un terme à la dangereuse escalade du conflit prévalant à l’est de la RDC et d’ouvrir la voie à une relance effective du processus politique pour le règlement définitif de ce conflit.

Le groupe M23 a indiqué lundi soir dans un communiqué décréter « un cessez-le-feu » à compter de mardi « pour des raisons humanitaires ». Une annonce unilatérale qui intervient après son offensive dans la ville de Goma en début de semaine et alors que le président Félix Tshisekedi a promis « une riposte vigoureuse ».

Le Kenya a fait savoir que les présidents congolais et rwandais sont attendus samedi à un sommet extraordinaire de la Communauté des États d’Afrique de l’Est, à Dar es Salaam.  Le Mouvement du 23 mars est composé d’anciens rebelles. Le 6 mai 2012, la rébellion adopte le nom de Mouvement du 23 mars, en référence à l’accord de paix. Ils seraient des Banyamulenge, une minorité tutsi vivant au Congo.

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