Les tensions entre la France et l’Algérie semblent être récurrentes ces dernières années, malgré les appels au dialogue des uns et des autres. Que ce soit sur des questions mémorielles, diplomatiques, économiques ou migratoires, les relations sont souvent marquées par des turbulences, notamment à cause des déclarations du président et des ministres français, mais aussi des responsables politiques d’extrême droite, qui ravivent les tensions. Mohamed Hani, député et membre de la commission des affaires étrangères à l’Assemblée populaire nationale, a réagi à l’acharnement de l’extrême droite française sur l’Algérie dans cette interview.
L’Express : La France mène une campagne acharnée contre l’Algérie par le biais de l’extrême droite notamment. Qu’en pensez-vous ?
Mohamed Hani : « Depuis quelques années, l’extrême droite, à majorité de nostalgiques de l’ Algérie française, s’en prend aux Algériens dans le but de détourner l’opinion publique française.
Malgré l’acharnement des responsables politiques français, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a répondu clairement, dans un entretien accordé au journal L’Opinion, notamment au président français : « Nous perdons le temps avec lui. » Votre avis ?
C’est la réalité. Avec un ministre de l’Intérieur qui affiche une hostilité totale, assortie du silence du président Macron et du ministre des Affaires étrangères. Les Français doivent donc réviser leurs relations avec l’Algérie, car ce sont eux qui nous attaquent au quotidien.
De 1830 à 1962, la France a commis des crimes et un génocide. D’ailleurs, le 13 février est une date commémorative des explosions nucléaires françaises dans le sud algérien, « un crime qui reste toujours enfoui sous les sables… que dites-vous à ce sujet ?
Un crime commis par les Français, avec un silence absurde. Il est temps d’assumer ce massacre aux conséquences dramatiques. Aujourd’hui, nous exigeons que la France reconnaisse ses crimes et qu’elle procède à la décontamination des sites d’essais nucléaires. Nous avons d’ailleurs exigé cela lors de la rencontre du président Abdelmadjid Tebboune avec les parlementaires, et c’est ce que nous allons revendiquer encore à l’Assemblée nationale.
À une année et demie des élections présidentielles, l’extrême droite française joue la carte de l’immigration, en s’attaquant particulièrement aux Algériens. Quelle est votre lecture ?
Un sujet qui revient souvent lors des élections, utilisé comme argument de campagne par l’extrême droite pour détourner l’opinion publique. Dans son intervention sur la chaîne de télévision française BFM TV, Éric Zemmour évoque « une rupture » totale des relations avec l’Algérie. Votre avis ? Aujourd’hui, les relations entre l’Algérie et la France doivent être construites sur des bases saines, avec notamment la reconnaissance par la France de ses crimes commis durant plus de 132 ans, ce que la France refuse malheureusement de faire.
Dernière question : par ses provocations, que cherche réellement la France ?
Aujourd’hui, il est clair qu’il faut tout revoir à égalité, mais aussi ouvrir le dossier mémoriel, en reconnaissant le génocide commis par la France. Nous sommes conscients aujourd’hui qu’une amitié durable entre les deux nations ne pourra être établie que si la reconnaissance des massacres et des génocides est accordée, comme l’a souligné le président de la République Abdelmadjid Tebboune dans l’interview accordée au journal Le Point.